Archives mensuelles : mai 2016

Haroun et la mer des histoires

 

Rushdie-Haroun.inddUne lecture qui fait du bien, un indispensable !

Folio a eu l’excellente idée de republié en 2010 un chef d’oeuvre de la littérature : Haroun et la mer des histoires de Salman Rushdie. Il est des livres qui marquent éternellement votre vie de lecteur, et bien Haroun et la mer des histoires en fait parti. Conseillé par une amie libraire qui réclamait sa reparution depuis des années, je me suis jetée à corps perdu dans cette histoire fabuleuse et extraordinaire. En effet, Haroun, s’apercevant que son père conteur a perdu son inspiration, décide alors de partir à la recherche de celle-ci dans un pays merveilleux. Un tas d’aventures et de rencontres lui arrivent. Drôle et touchant c’est un livre que je conseille encore aujourd’hui avec une joie folle. Une ode à la liberté de création !

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Verre Cassé

mabanckou_verrecasseVerre cassé d’Alain Mabanckou aux éditions Points

On ne présente plus le désormais très célèbre Alain Mabanckou. Outre ses fonctions universitaires à UCLA, sa chaire de création artistique au collège de France, c’est un immense auteur, récompensé par de nombreux prix littéraires et par le public qui le suit depuis plus d’une dizaine d’années. Prix des cinq continents de la Francophonie, je garde de Verre cassé un souvenir de lecture immuable.  En effet son héros éponyme fréquente un bar nommé « Le crédit à voyager » tenu par l’Escargot Entêté. Le patron de ce bar miteux va demandé à Verre Cassé d’établir le portrait des clients qui fréquentent le bar. Cela va donner naissance à une suite de portraits tous plus haut en couleur les uns que les autres. Il y a une veine oulipienne dans l’écriture de ce roman, je vous en laisse la surprise.  Alain Mabanckou nous fait un plaisir immenses en cachant au gré du texte des références littéraires. Ce roman est un pépite littéraire, un bijou qu’on offre à toutes occasions. Une lecture qui ce partage de Brazzaville à Paris ou de Los Angeles à Reykjavík. Hâte de lire vos commenatires.

Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui

Dans le cadre de sa chaire de création artistique au collège de France, l’auteur de Verre cassé Alain Mabanckou a organisé un colloque le lundi 2 mai 2016 au collège de France sur la thématique : Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui. Une quinzaine d’invités sont intervenus sur cette thématique. Penseur, chercheurs, écrivains, philosophes, journalistes,ou encore économistes, chacun avait son mot à dire. Sont intervenus:

Souleymane Bachir Diagne, Lydie Moudileno, Séverine Kodjo-Grandvaux, Célestin Monga, Sami Tchak, Armand Gauz, Lucy Mushita, Dieusonné Niagouna, Pascal blanchard,  Pap Ndiaye, Rokhaya Diallo, François Durpaire, Dominic Thomas, Dany Laferrière, Françoise Vergès, Achille Mbembe, et un invité surprise a clos ces interventions : Marc Alexandre Oho Bambe.

Il m’est impossible de résumé cette journée foisonnante d’idées, de pensées et de reflexions, c’est pourquoi je fais le choix de vous retranscrire quelques interventions que j’ai trouvé particulièrement brillantes, à commencer par celle de Souleymane Bachir Diagne.

Souleylane Bachir Diagne intervenait sur le thème Le philosophe africain comme traducteur. Penser l’Afrique c’est penser de langue à langue, s’est être capable de se décentrer, de traduire. La langue des langues serait alors la traduction. Comme disait Umberto Eco « faire l’éloge des langues ».

Ce que je retiens en particulier de l’intervention de Lydie Moudileno c’est qu’il est nécessaire que que la fiction rende le continent habité et habitable ; que le lectorat de la diaspora, les afro-descendants, afropollitains, sont un lien avec le continents perdu, ce sont des chercheurs d’Afrique comme le titre d’Henri Lopes. Parce-que l’histoire de l’Afrique est liée aux histoires du monde, parce-que la littérature c’est la possibilité de traversé des pensées, alors il est important de ne pas se recroqueviller et de s’exposer à l’altérité.

Célestin Monga dont le sujet était Penser une Afrique affamée , a rappelé que jusqu’au XVIII ème siècle toutes les régions du monde étaient pauvre et que c’est avec la révolution industrielle que cela a changé. Aucun pays au monde n’a eu d’institutions solides quand il avait faim, il ne faut pas négliger l’aspect économique quand on veut penser l’Afrique. Il faut élargir le corpus de la géographie de la philosophie.

Lucy Mushita a fait une intervention extrêmement applaudie sur la femme africaine : Africaines d’aujourd’hui, africaines d’hier. En s’appuyant sur son expérience personnelle, elle nous explique que la vision de la femme africaine n’a guère évoluée depuis les colonies. En effet la vision de la femme reste cantonnée le plus souvent à une projection d’un fantasme, à une obsession de sa sexualité et d’un rapport au corps intriguant. Elle part du principe que les premiers écrits sur la femme africaine furent ceux des colons partis seuls et ramenant une image sexualisée et exotique de la femme africaine, que les premières images furent celles de cette vénus au corps exposé au musée de l’homme jusque dans les années 70. Et que l’inconscient collectif garde au plus profond de lui ces images et ce rapport au corps. Elle conclue brillamment « et oui une africaine est une écrivaine ».

Sans oublier l’intervention très remarquée de Pascal Blanchard sous le titre La France noire au regard de l’histoire de France. Encore une fois un discours remarquable. Il a insisté sur le fait qu’on ne nous enseigne pas l’histoire des noirs en France bien que très ancienne. C’est une histoire à la marge, invisible, et c’est grâce à des initiatives telle que le livre Le Paries Noir publié aux éditions Hazan, ou à travers La France Noire aux éditions de la Découverte, que l’histoire passe des ténèbres à la lumière, tout comme l’avait justement dit Alain Mabanckou lors de sa leçon inaugurale. Pascal Blanchard précise et conclue que la France a un problème à raconter l’histoire des colonisations, de l’esclavage alors que cette histoire fait la France d’aujourd’hui.

Ce ne sont que quelques interventions que j’ai choisi de vous proposer ici. Ce fut une journée incroyablement riche, et j’ai eu comme l’impression d’assister à un grand moment de l’histoire. J’espère que cette chronique qui change de ce que j’ai pu vous proposer jusqu’ici vous plaira. J’attends vos commentaires avec une grande impatience.

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