Tous les articles par Sandrine | L'Instant Livre

Avant que les ombres s’effacent

Avant que les ombres s’effacent de Louis-Philippe Dalembert aux éditions Sabine Wespieser

Une lecture addictive d’un roman brillant !

Une écriture maîtrisée et fluide au service de l’histoire. Des personnages attachants, une véritable découverte d’un pan de l’histoire que j’ignorais. Louis-Philippe Dalembert réussi un tour de force incroyable : ne jamais tomber dans le pathos et réussir à nous faire sourire. La musique est omniprésente, elle nous entraîne et souligne le parcours du jeune Dr Schwarzberg.

Les petis garçons aussi naissent des étoiles

Les petits garçons aussi naissent des étoiles d’Emmanuel Dongala aux éditions Motifs

Emmanuel Dongala raconte l’histoire du Congo des années 60 aux années 90, à travers le regard d’un jeune garçon né dans les années 80.

 » J’ai failli ne pas être né. «  voilà commence ce roman trépident, drôle et rocambolesque. En effet deux enfants sortent du ventre de sa mère mais lui le troisième reste au chaud encore deux jours. Matapari va nous raconter avec ses yeux d’enfants et toute sa naïveté les histoires de sa famille et des personnes qui l’entourent. Il y à son père professeur du village, assoiffé de connaissance, toujours plongé dans les livres et lucide, contre le régime en place ; il y à sa maman très croyante et qui croit tout ce que dit le père Boniface, une femme bien étonnante au fur et à mesure que le roman avance ; il y a aussi ses jumeaux dont il s’amuse beaucoup ; il y a l’oncle boula Boula géant sportif et homme d’affaire à l’ambition ravageuse ; il y a Adélia qui fera connaître à Matapari ses premiers émois ; Tantine Lolo et toute une galerie de personnages tous haut en couleurs. J’allais oublier le grand-père qui un jour lui dit :

« Sache lire mon petit, sache lire et les livres et l’univers. » p.190

L’auteur nous livre une histoire méconnue (pour ma part en tout cas) du Congo, celle du Parti Unique, une période de répression, puis un soulèvement du peuple, une révolution. Il réussi à transformer cette période pourtant dure en petit bijou de drôlerie littéraire, grâce à son personnage principal qui n’aurait jamais du être né. J’ai beaucoup été émue également, l’auteur à su dosé toutes les émotions avec une justesse incroyable, qui font que ce roman de 400 pages en paraît la moitié.

 

Les petits garçons aussi naissent des étoiles / Motifs / 400 pages / 10€

 

L’Autre Face de la mer

L’Autre Face de la mer de Louis-Philippe Dalembert aux éditions Motifs

Grannie et Jonas sont les deux personnages principaux de ce roman. Deux voix, deux époques, l’histoire haïtienne vue par deux générations, le petit-fils et sa grand-mère, deux visions de la vie. Une seule et même attraction : l’Autre Face de la mer.

C’est un roman d’une force incroyable que signe là l’auteur d’ Avant que les ombres s’effacent paru en mars dernier aux éditons Sabine Wespieser . D’une force et d’une violence insoutenables, où les odeurs prennent vie, où les chairs crépitent, où l’ont sent la sueur tomber devant les yeux et brouiller le regard, où la mer est tantôt promesse d’espoir et le commencement, tantôt un fantasme, tantôt dévoreuse d’hommes, tantôt porteuse malgré elle d’un commerce d’esclaves.Le tout mené par une écriture incroyablement maîtrisée et un sens du rythme percutant.

C’est un roman en trois parties : le récit de Grannie qui va nous raconter son enfance, les heures passées à regarder les bateaux sur le quai, la mer rêvée puis la fuite avec ses parents de l’autre côté de la montagne et du fleuve Massacre, la violence et le retour obligé, les cauchemars et enfin, comme une lueur d’espoir, la venue de ce petit-fils Jonas.

« Je vous le dis, l’océan, c’est comme des barreaux qui laissent entrevoir les ailes de la liberté sans qu’on puisse un instant embrasser l’horizon.  »  p. 27

La seconde partie c’est La ville, vécue par Jonas qui rêve d’ailleurs et subit une ville d’une violence innommable, l’enfer sur terre. Une ville à feu et à sang qui perd  de façon hémorragique ses habitants qui prennent des barques de fortune pour fuir l’horreur mais qui se retrouvent trop souvent en enfer.

 » La ville grouille sous le feu du soleil. Sexe en rut. La ville monte et descend. Sue, ahane . S’embouteille du soir au matin.  » p. 115

La troisième partie c’est le livre de Jonas, intense et trouble comme l’histoire de sa ville (pays réduit à une seule ville ?). Toujours cette envie d’ailleurs mais pourquoi partir ? Pour où ? Est-il vraiment nécessaire d’avoir la réponse à ces questions ? Et c’est aussi l’amour, l’adolescence, et les remous de la ville qui cognent et frappent comme un marteau dans la tête de Jonas.

L’Autre Face de la mer/ Louis-Philippe Dalemebert/ Motifs/ 7,10€

 

Rapatriés

rapatriesRapatriés de Néhémy Pierre-Dahomey aux éditions Seuil

Il est des lectures qui vous marquent, ne vous laissent pas indemne, Rapatriès en fait partie. C’est un premier roman à l’écriture juste et maîtrisée que nous donne à lire Néhémy Pierre-Dahomey en cette rentrée littéraire d’hiver. Un jeune auteur à suivre de très près, un roman dont on devrait entendre parler partout. Le premier mot qui me vient à l’esprit pour vous en parler c’est : puissance. En effet c’est ce que j’ai ressenti, les personnages sont puissants, leur complexité psychologique y est peinte avec force ; il y à dans l’écriture une puissance verbale, des descriptions et des métaphores à couper le souffle. Le rapport au corps comme langage d’amour, les personnages parlent peu finalement mais leur corps expriment ce qu’ils ressentent. La famille, le lien, la filiation, l’amour partagé ou non, la danse le « vodou », la foi, les épreuves de la vie, la maternité, la femme, la violence, les choix que nous faisons et l’impact de ceux-ci…tous ces sujets sont traités avec finesse et intelligence. Je viens de lire un roman d’un grand écrivain !

La correction

1507-1La correction d’Elodie Llorca aux éditions Rivages

C’est un premier roman que  nous donne à lire Elodie Llorca? cependant c’est une habituée des mots et de la manipulation, elle officie en tant que scénariste et est aussi comédienne. C’est l’histoire d’un correcteur maniaque et parano, qui pense que sa patronne : Reine, fait exprès de mettre des coquilles dans ses textes. C’est aussi l’histoire du petit oiseau que ce correcteur un peu cinglé va trouver dans la rue et adopter. C’est une ode à l’amour des mots, et je peux vous dire que j’ai trouvé des coquilles à la lecture : réjouissant !

La correction / Rivages / 18€

Anguille sous roche

9782370550941Anguille sous roche de Ali Zamir aux éditions Le Tripode

Ali Zamir est le grand inconnu de cette rentrée littéraire. En effet ce jeune Comorien né sur l’île d’Anjouan nous donne à lire avec Anguille sous roche son premier roman. Peu d’auteur nous sont donnés à lire de cet archipel. L’Anguille dont il s’agit est notre personnage principal, qui est en train de se noyer et va remonter le fil de ses souvenirs, nous dire le pourquoi de son prénom, nous dire son père Connait-Tout, sa sœur Crotale, Vorace et tant d’autres. C’est un pur bonheur de lecture que de lire ce premier roman, tant sur sa forme que sur son fond. Une écriture inventive et créatrice. Une belle respiration littéraire dans cette rentrée foisonnante. En effet Ali Zamir a quelque chose d’oulipien dans sa façon d’écrire, je vous laisserais le plaisir de le découvrir. Il y a du Verre Cassé d’Alain Mabanckou dans cette jeune plume des Comores. Un auteur à suivre de très près et merci aux éditions Le Tripode de sortir des sentiers battus.

Déjà un incontournable !

Anguille sous roche / Le Tripode / 19€

De beaux jours à venir

product_9782207132890_195x320De beaux jours à venir de Megan Kruse aux éditions Denoël

C’est un roman troublant de justesse que nous livre ici Megan Kruse. Un roman porté par trois voix, celle de la mère Amy, de la fille Lydia et de Jackson son frère. Tout les trois fuient un mari violent, un père brutal et alcoolique. C’est un roman sur les choix qu’on fait au nom de la famille, pour elle. C’est aussi un très beau texte d’apprentissage, du passage à la vie d’adulte, les premiers émois. Les scènes d’amour homosexuelles sont d’une intensité rare. A chaque page on se demande comment les personnages vont pouvoir sortir indemnes de cette boue dans laquelle ils s’enlisent.  C’est le portrait d’une Amérique profonde qui nous est livré à travers le destin de ces personnages. Une écriture singulière à découvrir. C’est un grand texte assurément puissant !

De beaux jours à venir / Denoël / 21,90€

Où la lumière s’effondre de Guillaume Sire

 

1540-1Et si internet disparaissait ?

Guillaume Sire signe avec Où la lumière s’effondre aux éditions Plon son deuxième roman. Les Confessions d’un funambule paru aux éditions de la Table ronde avait déjà ému certain de mes confrères. Aujourd’hui Guillaume Sire revient avec un roman au sujet sulfureux : et si internet devait disparaître? Un texte rempli de références, qu’elles soient de séries télévisées comme Game Of Thrones , philosophiques comme Nietzsche ou littéraire. Un texte philosophique,  poétique et mythologique, le mythe de Prométhée et Epiméthée en filigrane.  Un roman redoutablement encré dans notre époque, mené par une écriture totalement maîtrisée. A tout ceux qui ont des craintes pour l’avenir du livre  Guillaume Sire retourne la question : Que peut le livre pour le numérique ? C’est une lecture addictive, je n’ai pas pu lâcher ce roman, la construction est brillante. Ça se lit comme un polar et quand on le repose on ne regarde plus son ordinateur de la même manière… Je pense que ce texte et son auteur feront beaucoup de parler d’eux !

J’attends vos retours avec une grande impatience.

Où s’effondre la lumière / Plon / 18€

Petit pays

Petit pays de Gaël Faye aux éditions Grasset

gaelfayeC’est avec une immense joie que je chronique le premier roman de Gaël Faye que je suis depuis quelques années en tant qu’artistes. C’est le slam qui m’a fait rencontrer Gaël par le biais de son ami Nëggus. Je vous épargnerais la genèse de cette histoire mais simplement pour vous dire que c’est un homme de plume et de soi.  Ce premier roman ce lit comme un grand roman, ce petit pays est un grand texte assurément.

C’est l’histoire de Gabriel jeune garçon métis franco-rwandais d’une dizaine d’années, français par son père, rwandais par sa mère. C’est le roman d’un gamin qui fait les 400  coups avec ces copains au fin fond d’une impasse. C’est également le roman de la guerre dans la vie de Gabriel, celle de ses parents qui divorcent, puis la terrible histoire de 1994 et ce massacre vu par les yeux de cet enfant pris entre deux cultures. C’est une ode à l’enfance.J’ai lu ce petit pays d’une traite emportée par un souffle romanesque remarquable. L’écriture est maîtrisée, subtile et les métaphores foisonnent d’imagination. Gaël Faye rend un grand hommage à un pays méconnu, à sa nature foisonnante ses animaux sauvages et ses ethnies plurielles. Bref, … je pourrais parler des heures de cet énorme coup de cœur de cette rentrée littéraire, je ne saurais trop vous conseiller de le lire et de le partager à outrance !

Je vous invite à regarder le clip de la chanson éponyme (ici) pour vous imprégner de l’ambiance de ce petit pays qu’est le Burundi lové dans région des grands lacs.

Petit pays / Grasset / 18€

Guest de l’été, N° 6

imagesJ’ai le plaisir d’inviter Valérie à nous parler d’un de ses coup de cœur aux éditions Asphalte. Valérie est une grande lectrice et gère une entreprise : Flexedo qui propose des services novateurs pour la publication, la promotion et la diffusion de livres numériques destinés aux éditeurs, libraires, documentalistes

 » Une ville qui s’ouvre à la liberté, chérie, attendue.
Une ville que l’on regarde et que l’on visite enfin.
L’Ouest qui prend Prague comme on prend une putain et tout ce qu’elle offre de drogues, d’alcools, de plaisirs faciles, pour quelques couronnes.

Deux hommes qui se trouvent pour une nouvelle vie, remplie de promesses
d’un avenir meilleur.
Deux hommes insignifiants, que l’on regarde aussi, avec pétillance et
douceur.
Une ville devenue esclave de sa liberté, qui explose mais ne se révèle pas.
Deux hommes esclaves de leurs rêves décolo(do)rés, qui implosent et ne
se relèvent pas.

Une écriture directe, rythmée. Beat-rock-poetic. « 

prague faubourg est / Asphalte / 16€