Tous les articles par Sandrine | L'Instant Livre

LE POIDS DE LA NEIGE

Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin aux éditions de l’Observatoire

Un huis clos assourdissant. Une lecture captivante qui plonge le lecteur au cœur de l’hiver le plus dur et le plus long qu’on puisse imaginer. Matthias et le narrateur se retrouvent prisonniers de cet hiver impitoyable, alors qu’une coupure d’électricité touche le pays. Le narrateur a subit un accident et à les jambes immobiles et blessées. Matthias un homme de passage au village doit s’occuper de lui. Comment ces deux hommes vont réussir à cohabiter, à se soigner, à se nourrir alors que l’hiver les retient ? Impossible de lâcher ce roman. Il y a de La route de Mc Carthy dans Le poids de la neige. Ce roman nous met face à nos peurs, nos doutes, et pose la question de savoir comment réagirions nous si un jour nous étions confrontés à une situation extrême. Comment vivre en communauté ? L’instinct de l’homme est-il bon ? Quelles seraient nos priorités ? L’hiver et le poids de la neige pèsent « comme un couvercle sur ses esprits gémissants en proie » à bien des questionnements. Magistral !

Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le poids de la neige, grand succès au Québec, a été distongué par plusieurs prix prestigieux.

Le poids de la neige/Christian Guay-Poliquin/éditions de l’Observatoire/19€

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Un monde en fragments

Un monde en fragments de Pierre Barré aux éditions de L’atteinte

Attention talents ! Les éditions de L’atteinte ont vu le jour en 2017, Un monde en fragments de Pierre Barré est leur première parution. 57 pages de prose hypnotique.  » Un homme , confronté à un mouvement de violence qui deviendra historique, abandonne le verbe. Tourmenté par une violence incertaine, il tente de recomposer sa vie, mais l’espace qui l’entoure ne cesse de fuir son regard…Taillé dans une langue sensorielle et habitée ce texte nous rappelle que la littérature ne se reçoit pas, mais se conquiert.  » Ce sont les mots que vous pouvez lire sur le rabat, comme une invitation à la lecture. En tout cas, ça m’a donné envie de l’ouvrir et de le lire, de le relire. Un homme dans un environnement qui lui échappe, entouré de fantômes, d’oiseaux et d’autres créatures qui le hantent, l’agressent et se dérobent. Il décide donc de s’enfermer dans le silence, malgré les injonctions des personnes en blouses et escarpins… Une lecture exigeante qu’on oublie pas.

Un monde en fragments/Pierre Barré/éditions de L’atteinte/ 11€

Une drôle de femme

Une drôle de femme de Leylâ Erbil  chez Belleville éditions

À lire et à offrir sans modération !

Connaissez-vous Leylâ Erbil ? Moi non, et pourtant c’est une auteure incontournable quand on parle de littérature turque. Merci aux éditions Belleville de nous donner à lire en français pour la première fois ce texte écrit en 1971 et d’en avoir pensé les moindres détails pour en faire plus qu’un livre (cadeaux et autres bonus à la fin du roman). Unique romancière à avoir été nommée pour le prix Nobel en Turquie, féministe et socialiste dont la traduction est aujourd’hui recommandée par l’UNESCO et défendue par Aslı Erdoğan :  » J’envie le lecteur qui va découvrir l’une des virtuose de la littérature turque. Leylâ Erbil est une plume hors pair, qui ne connaît ni la facilité, ni le superflu, ni la complaisance. « 

C’est l’histoire de Nermin, jeune étudiante dans les années 50 en Turquie, passionnée de poésie et de littérature ; c’est aussi l’histoire de son père, pêcheur ancien soldat ; c’est aussi l’histoire de la mère de Nermin, la mort de son seul fils, son chagrin et le rapport quelle entretien avec sa seule fille ; c’est aussi l’histoire de la Turquie , ses combats, ses guerres. Chacun prend la parole de manière à nous raconter son point de vue et dans la dernière partie une narratrice prend le relais. L’écriture de Leylâ Erbil est précise et s’adapte suivant les personnages. Ça fait tellement du bien de lire un livre où le lecteur est acteur. Je me suis sentie complètement impliquée dans leurs démarches, leurs épreuves ou leurs émotions. C’est donc une lecture nécessaire et à plus d’un titre. Un roman qui montre comment faire valoir ses opinions dans un pays où la femme ne peut être considérée comme une intellectuelle à part entière, comme une femme éprouvant ses propres désirs, comme une femme simplement, pas une mère, … Leylâ Erbil fait de Nermin une héroïne complexe, balancée entre son combat de femme et de combattante pour son peuple avec ses idéaux communistes. Incontournable !

Il y aurait tant à dire sur ce texte…Le mieux est de vous laisser le découvrir.

 

Une drôle de femme/Leylâ Erbil/Belleville éditions/20€

L’homme qui savait la langue des serpents

L’homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk aux éditions Le Tripode, collection Météore, n°5

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas attelée à un roman de presque 500 pages. J’ai toujours peur que l’auteur me perde en route et que je ne tienne pas ma lecture jusqu’au bout. Cependant la libraire qui me l’a conseillée avait les yeux pétillants de malice quand elle m’en a parlé, alors je me suis lancée. Quelle bonne idée, quel conseil merveilleux ! Merci donc à Laurence de la librairie Lettre et merveilles de Pontoise.

Il faut tout d’abord saluer le talent avec lequel le traducteur a su rendre l’écriture de Andrus Kivirähk. Une écriture fluide avec souffle romanesque remarquable. C’est un roman qu’on ne lâche pas, chaque page est un voyage, une aventure, un rebondissement ou une surprise. Ici on découvre une salamandre géante, là un ours libidineux amateur de jolies filles, par ici des villageois endoctrinés à servir leur religion, par là des hommes qui communiquent avec des serpents, et bien d’autres choses encore. Au-delà de l’écriture c’est un univers que l’auteur nous invite à rejoindre. Je me suis régalée ! Je vous invite à laisser parler votre imagination et plonger avec Leemet, notre héros, dans les endroits les plus reculés de la forêt Estonienne. L’homme qui savait la langue des serpents a reçu le Grand prix de l’imaginaire 2014, et ce n’est pas pour rien !

L’homme qui savait la langue des serpents/Le Tripode/13,90€

C’est aujourd’hui que je vous aime

C’est aujourd’hui que je vous aime de François Morel aux éditions du Sonneur dans la collection « ce que signifie la vie pour moi »

C’est le printemps ! François Morel le crie haut et fort : il aime ! A la fois comédien, chroniqueur et Deschiens, on ne présente plus François Morel. En lisant ce texte j’ai pris une grande bouffée d’air, une respiration qui fait du bien, un élan, un émoi ? Mais qui est donc cette Isabelle Samain que tous les hommes aiment ? François Morel nous parle d’amour, avec humour, effronterie, il bouscule nous fait rire. Une ode à la vie. Ce texte m’a transporté dans une autre époque, hors du temps, une douce musique aux oreilles. Lisez ce texte, respirez, aimez !

C’est aujourd’hui que je vous aime/éditions du Sonneur/11€

Le nez juif

Le nez juif de Sabyl Ghoussoub aux éditions de l »antilope 

Ce premier roman est vraiment une réussite et à plusieurs titres. En effet, ce roman aborde des sujets comme l’identité, mais là où il est remarquable c’est qu’il le fait sur un ton propre, avec humour. D’après moi, le ton est le point fort de ce premier roman. Léger il prend de plus en plus de corps au fil des pages. Aleph, notre héros, frivole au début, mûri en même temps que le style et le ton. Comment Aleph peut-il savoir qui il est, lui né en France de parents libanais, chrétiens, ayant fuit le Liban ? Comment son nez au centre de son visage, se retrouve au centre de ce roman ?  L’autodérision, les histoires d’amour, la famille, les rencontres qu’il va faire, les voyages… Quelle est la part autobiographique ? Seul Sabyl le sait !

Le nez juif/édtions de l’antilope/16€

Lagos Lady

Lagos Lady de Leye Adenle

Je lis peu de polar, il est donc rare de lire une chronique de roman policier sur mon blog. Mais là je me suis laissée prendre au jeu. Celui du chat et de la souris dans un Lagos, Nigéria, sombre et lumineux, pauvre et richissime, un ville de paradoxe où la modernité côtoie les traditions. J’ai beaucoup aimé l’idée que l’héroïne soir une femme dont le travaille est de sauver d’autres femmes. Accompagnée par un homme un peu largué, maladroit, complètement paumé dans sa vie personnelle et professionnelle, certes ex rugbyman…vous pensez que ça m’a influencé ? …

Je vous conseille vivement de lire ce roman au rythme soutenu, sa construction le rend addictif, ses personnages attachants ou détestables tout autant. Une enquête qui commence dans les bas fonds, lugubres et malsains,  de cette ville nigériane,  et qui nous entraîne dans les villas somptueuses ou l’argent fait la loi.

Lagos Lady/Leye Anenle/Points/7,80€

Nous sommes tous féministes

Nous sommes tous féministes de Chimamanda Ngozi Adichie

L’auteure de Americanah, nous donne à lire ici une pépite, un bijou d’intelligence, de bon sens et de bienveillance. Ecrit pour une conférence Tedx il était impératif de mettre ce texte à la portée de tous. En effet, ce petit livre à 2€ remet les pendules à l’heure sur ce qu’est et devrait être le féminisme (en tout cas d’après moi). Une lutte qui concerne tout le monde, hommes et femmes. Je vous invite vraiment à le lire, à l’offrir sans modération (pour ma part c’est un cadeau qu’on m’a fait). Ce petit opus brillant comme vous l’aurez compris, est suivi d’une nouvelle de Chimamanda Ngozi Adichie qui illustre à merveille le sujet…

La seule chose que je peux vous dire c’est LISEZ-LE !

Nous sommes tous féministes/Chimamanda Ngozi Adichie/Folio, Gallimard/2€

Sortir de l’abîme, manifeste

Sortir de l’abîme, manifeste de Seyhmus Dagtekin

Je voudrais saluer ici l’initiative des éditions du Castor Astral (qui fêtent leur quarante troisième anniversaire cette année, ce n’est pas rien ! ), en collaboration avec le Printemps des poètes, qui par la plume du grand Seyhmus Dagtekin,  nous donne à lire un manifeste sur l’importance de la poésie dans notre société actuelle.

Une poésie comme une « utopie, cet entêtement à ne pas se résigner devant l’injustice« .

Après lecture, cette phrase raisonne et nous renvoie à une actualité toujours plus violente et insoutenable. Une vingtaine de pages nécessaires pour rappeler que la poésie est une arme, un souffle de vie dont chacun de nous peut s’emparer. Pour nous dire que la poésie est une forme de résistance.

« La poésie comme une manière, un état d’être, donnée en partage pour se défaire autant de nos servitudes intérieures que de celles qui s’imposent par l’extérieur. »

Lisez ce manifeste, entrecoupé de poèmes de Seymous Dagtekin et suivi d’un entretien avec Marie-Christine Masset, extrait de la revue Phoenix n°26. Acheter ce manifeste est déjà un acte de résistance, le partager, l’offrir, le lire à voix haute est prouver qu’une « autre manière de vivre est possible.« 

Sortir de l’abîme, manifeste/Seymus Dagtekin/éditions du Castor Astral/4€

Une si longue lettre

Une si longue lettre de Mariama Bâ

Comme vous le savez je vous fait rarement un résumé de mes lectures, le but est plutôt de vous dire pourquoi j’ai aimé un livre et c’est avec ferveur que j’ai envie de partager mon dernier coup de cœur avec vous. En effet l’incontournable roman épistolaire de Mariama Bâ, Une si longue lettre est à nouveau disponible aux éditions motifs. Ce texte est une oeuvre majeure de la littérature sénégalaise. Une longue lettre que Ramatoulaye écrit à son amie Aïssatou. La condition de la femme évoquée dans ce texte écrit en 1971 en dit long sur la fragilité des acquis, sur l’incapacité de nos sociétés à retenir des leçons de l’histoire, sur le combat que chacune nous devrions mener au quotidien. Ce roman devrait être au programme au collège. Ce livre n’est pas seulement le témoin d’un état de fait, de la situation de nombreuses femmes dans le monde, c’est aussi un souffle, il inspire un élan !