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Soirée lecture #2

Le 1er décembre dernier a eu lieu la seconde soirée lecture entre amoureux des livres et de la lecture. Nous étions quatre Maëva, Arnaud, Pierre-Élie et moi. Nous avons passé un moment délicieux entre houmous, salade vegan, cookies maison chocolat blanc et noir et du Chinon, parce que oui nous sommes des amoureux des bonnes choses. J’en viens directement au fait, c’est moi qui est entamé la soirée.

Les récits d’un pèlerin russe aux éditions Albin Michel dans la collection Spiritualités Vivantes. Depuis le mois de juillet je suis de retour en librairie au rayon Sciences Humaines et je me suis mis un but : lire un livre de chaque famille du rayon. J’ai donc lu ce récit qui me tourne autour depuis plusieurs années. En effet des amis, des clients m’en parlait comme d’un classique de la littérature russe. J’ai été subjuguée par la facilité d’accès de ce texte. Classé en religion dans la partie Orthodoxie, je m’attendais à un texte laborieux. Il n’en n’est rien. LA traduction doit être merveilleuse car la fluidité du récit est surprenante. Divisé en quatre partie, ce texte peut se lire comme un roman initiatique, comme une quête (le pèlerin est à la recherche de la prière du cœur), mais aussi comme une photographie de la Russie de la fin du XIXe siècle. Coup de cœur donc pour moi

Ensuite Maëva a pris la parole pour nous parler de Dans l’eau je suis chez moi de Aliona Gloukhova publié aux éditions Verticales. Maëva l’a lu sur conseil. Ça se passe en Biélorussie et c’est l’histoire d’une jeune fille de 8 ans dont le père disparaît en mer. C’est un livre qui dit comment on ne se remet pas d’une disparition. Dans ce roman l’auteure étudie le mot disparu, la disparition qui est l’état de son père. Elle mène l’enquète sur ce qui c’est passé. Maëva dit que c’est un roman sur l’oubli, que c’est un beau livre de reflexion sur le deuil, que le rapport est présent tout du long (Maëva nous lit un passage sur la natation qui l’a beaucoup touché). Belle écriture sans un mot de trop.

C’est au tour d’Arnaud de nous parler de l’Éloge de l’énergie vagabonde de Sylvain Tesson paru aux éditions Pocket. Arnaud a acheté ce livre suite à la lecture d’un article dans un magazine. Sylvain Tesson y retrace son périple à vélo entre la mer d’Aral, en passant par la mer Caspienne jusqu’en Turquie en contournant la Russie. Il suit l’oléoduc de Bakou à la Turquie. Arnaud nous dit qu’il a bien aimé le côté géopolitique des pays traversé, qu’il sent à travers ce récit que l’auteur rejette la société de consommation et il critique la position des femmes dans les pays musulmans traversés. Arnaud a aussi ressenti que l’auteur se sent mieux seul même s’il aime les gens qu’il rencontre. La conclusion n’est pas très optimiste et Sylvain Tesson dit que tant qu’on aura du pétrole on ne s’en sortira pas.

C’est Pierre-Élie qui a conclu la soirée en parlant de Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu paru aux éditions Actes Sud et Prix Goncourt 2018. Acheté à la librairie L’attrape cœur sur conseil de la libraire. Pierre-Élie nous dit d’abord que c’est un Goncourt normal, dans la moyenne basse même. il se base sur trois critères. Le premier c’est le langage des pauvres , le langage des jeunes ( langages encensé par la critique mais en fait très mécanique dans son utilisation de construction de phrases). Style neutre conclu Pierre-Élie. Ensuite le second critère c’est que c’est un livre de journaliste, une enquête sociologique, plate. Enfin le troisième critère c’est que c’est un roman fait pour être adapté en série comme l’un des précédents texte de Nicolas Mathieu Aux animaux la guerre. Pierre-Élie est perplexe, il attend d’un Goncourt une théorie de la vie et de l’univers mais là ça ne fonctionne pas. En revanche il conclu en nous disant que ce roman hors Goncourt est un excellent roman au style réfléchit, avec une symétrie de l’histoire très intéressante.

 

Lors de cette soirée nous avons évoqué : La collapsologie , les thèmes des prochaines soirée (teasing ! ), les coffrets de Noël (horreur malheur ou bonheur ? ), les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même de Lise Bourbeau chez Pocket et le seul, l’unique, le grand, l’inédit qu’on retrouvera sous beaucoup de sapins de Noël cette année :

Un grand merci aux éditions du Castor Astral pour cet inédit incroyable. On en apprend beaucoup sur Pamela L. Travers, la créatrice de Mary Poppins, qui ne jamais avoir écrit pour les enfants 😉 Un bijou !

 

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Conseil de lecture pour cet été n°3

71fm4ChmRFLDanser les ombres, Laurent Gaudé

Je connaissais Laurent Gaudé pour ses pièces de théâtre,  ses romans , son prix Goncourt (Le soleil des Scorta, Actes Sud, 2004), son goût pour le voyage : « Le voyage est une nécessité. Je ne vois pas de meilleure façon d’apprendre, de vieillir, de laisser en soi s’accumuler la vie. J’ai besoin de cela : croiser des visages, être le témoin d’autres vies, contempler le monde et aller voir là-bas , plus loin, comment vivent les hommes, et comment on aurait vécu soi-même, ici ou là.». En revanche j’ignorais son intérêt pour Haïti. Au-delà de l’intérêt je crois qu’on peut parler d’un lien beaucoup plus fort: l’amitié. En témoigne la dédicace de ce fabuleux roman à Lyonel Trouillot: «  pour Lyonel Trouillot qui porte son pays dans les yeux et son peuple dans son cœur » .

 Laurent Gaudé un auteur créole

Autant la forme que le fond m’ont passionné dans ce roman.   L’histoire de ces destins entrelacés, emmêlés, le désir et la rage de vivre, les doutes, la misère, les villes et les villages, la chaleur, les contrastes, la montagne et la mer, les riches et les pauvres, l’histoire et la politique, la violence et la haine, l’amour et la joie, les loas et le vaudou, les américains et les français, mais surtout les haïtiens, pluriels et métissés. Tout y est, jusqu’à  la poésie qui berce certains personnages, comme celui de Saul. Jeune «  bâtard » né d’un riche propriétaire et d’une servante, qui cherche inlassablement qui il est. Lucine qui a sacrifié cinq années pour élever avec sa sœur Thérèse les enfants de Nine, sœur emportée par la folie et les esprits. Et qui  sait qu’elle vivra sa propre vie, et le décide, car oui ça se décide :

« Dans une société de la survie permanente et de l’exploitation éhontée, la recherche du bonheur est un acte politique. »

Le destin de Saul et de Lucine vont croiser bien d’autres vies. Des écorchés vifs, tous ont un commun la force de vivre malgré tout. Ils ont traversé les dictatures, la torture, et le 12 février 2010 un nouvel événement va les réunir.

Laurent Gaudé m’a une fois de plus transportée, émue aux larmes, étonnée, surprise, et j’en redemande. Je vous invite vraiment à lire ce roman qui sort du lot.

L’écriture transcende le lecteur. Aucun apitoiement, aucun bon-sentiment, aucune mièvrerie. La vie, simplement, la rage de vivre.