Archives du mot-clé rentrée littéraire

UNE ANNÉE LUMIÈRE

Une année lumière de Natacha Appanah aux éditions Gallmiard

Une année lumière de Natacha Appanah, c’est une année de chroniques écrites pour le magazine La Croix. Des chroniques sur l’identité, l’actualité,l’Île Maurice ou Mayotte, l’héritage, le féminisme, la transmission, l’écriture…Tous ces sujets sont traités du point de vue de l’intime et donnent à découvrir une auteure et une femme sensible et pleine d’humanité. Avec ses coups de gueule et ses coups de cœur, Natacha Appanah se livre entière et honnête tout en bienveillance (mot qu’on utilise pas assez, non ?). À dévorer ou picorer au grès de vos envies.

Une année lumière/Natacha Appanah/Gallimard/  €

Publicités

Soirée lecture #1

Le 6 octobre dernier a eu lieu une soirée lecture des plus stimulante. En effet, depuis quelques temps, nous nous réunissons entre amoureux de lecture pour parler de livres. Le principe étant de parler d’une lecture qui nous a marqués et qu’on a très envie de partager.

Pour cette édition c’est Maëva qui nous recevait et nous étions 4 avec Pierre-Élie et Mika, un grand merci donc à Maëva pour nous avoir accueillis .

                                                 

C’est Pierre-Élie qui a commencé à prendre la parole pour nous parler de Si de Lise Marzouk paru aux éditions Gallimard. Pierre-Élie a surtout voulu partager avec nous son désappointement quand à la médiocrité de ce texte qu’il a déjà chroniqué sur son blog. Il reproche à l’auteur le manque de style et de questionnement sur un sujet qui aurait pu être plus amplement traité : le cancer de son enfant. Lise Marzouk normalienne, fait beaucoup de citations issues de la littérature médiévale au XXème siècle, sans réel lien entre les émotions ni aucune hiérarchie. Pierre-Élie dit que d’autres auteurs sont parvenus à écrire des romans splendides sur le sujet avec tout un questionnement relatif à ces situations, comme Philippe Forest dans L’enfant éternel.

Si / Lise Marzouk / Gallimard / 21€

 

                                                   

Ensuite Maëva a parlé de son ressenti de lecture de Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard paru aux éditions de Minuit et dont Pierre-Élie avait fait une chronique. Maëva dit qu’elle n’a pas pu lâché ce texte, que c’est une chose rare. C’est une écriture passionnelle. En deux parties aux rythmes différents. À fond dans la souffrance de la fin d’une histoire. L’autrice joue sur l’écho à commencer par le titre. Énorme coup de cœur !

 

                                                        

C’est Mika qui a pris la relève en parlant de 4,3,2,1 de Paul Auster paru aux éditions Actes Sud. Mika a passé tout l’été avec ce livre de plus de 1000 pages. 4 récits parallèles d’un même personnage issu de l’immigration russe aux États-Unis des années 50 à la fin des années 60. C’est écrit sur le principe du « et si « ; et si le personnage répondait ça au lieu de ça, que ce serait il passé ? Le personnage principale, Ferguson, est un peu l’alter égo de Paul Auster. Mika dit que c’est agréable d’être embarquée dans des histoires, d’êter enveloppée par elles. Le roman traite aussi de comment les éléments de vie influent sur la personnalité

4321 / Paul Auster / Actes Sud / 28€

                                         

Maëva a choisi de parler de Le jour où mon père s’est tu de Virginie Linhart aux édtions Points Seuil. L’autrice est aussi documentariste,et a notamment réalisé un documentaire sur mai 68. C’est la fille de Robert Linhart, acteur de mai 68 fondateur du mouvement maoïste en France. Ce livre est une enquête sur le milieu militant à travers le prisme de la famille et notamment des enfants de ces derniers. Virginie Linhart parle donc de son enfance et essaye de comprendre pourquoi toutes ces familles voilent en éclats, comme la sienne. Elle tente de savoir comment on est enfant dans une famille politique. Que deviennent ces enfants ? Il existe peu de témoignage donc l’autrice est partie à la rencontre de ces personnes. Maëva dit que c’est un livre hyper intéressant d’un point de vue sociologique et politique.

Le jour où mon père s ‘est tu / Virginie Linhart / Points Seuil / 6.50€

 

                                                        

C’est donc moi qui aie clôturé la séance avec le recueil de poèmes de Joséphine Bacon, Uiesh paru aux éditions Mémoires d’encrier. Reçu la veille au soir, je l’ai ouvert et refermé uniquement à la fin de ma lecture. Relu au réveil le lendemain matin. Immense coup de cœur poétique. Un recueil de poèmes vivifiants et lumineux. L’âge de la sagesse, l’héritage de ses ancêtres innus, l’hiver, la nature, les cieux, le vent, sont autant de thématiques abordés avec une puissance implacable ! Nous avons lu chacun plusieurs textes et ce fût un merveilleux moment de partage.

« Je vis la grandeur du vent / Je sens sa beauté / Le vent me prend dans ses bras / Il souffle un air mélodieux / Que j’aimerais écrire. « 

Uiesh / Joséphine Bacon / Mémoire d’encrier / 12€

LA NUIT DU CŒUR

La nuit du coeur de Christian Bobin aux éditions Gallimard

Le livre le plus poétique de la rentrée littéraire. Conques. L’auteur s’y rend et tombe en admiration devant son abbatiale. L’inspiration lui vient du plus loin du XIème siècle et le transcende. Réflexions sur l’écriture, l’inspiration, l’amour se succèdent dans un entrelacs poétique. 104 chapitres comme autant d’étapes pour atteindre l’extase littéraire. Un pur joyau à lire, à relire. Comme le dit si bien Christian Bobin « les livres aimés sont des moulins à prières. » Je valide ! J’ai donc déjà lu et relu, surligé et appris certains passages. SUBLIME !

La nuit du coeur/Christian Bobin/éditions Gallimard/  18€

LE SILLON

Le Sillon de Valérie Manteau aux éditions du Tripode

Le seul roman de la rentrée littéraire des éditions du Tripode. Un roman dont nous allons beaucoup entendre parler dans cette rentrée littéraire. Un roman foncièrement politique, sur Hrant Dink, sur comment être arménien aujourd’hui en Turquie. Où l’on parle de ce qui se passe aujourd’hui, de sa situation politique, de poésie, de militantisme, de la place des arméniens aujourd’hui en Turquie, de Charlie Hebdo aussi. Où des auteurs comme Elif Shafak , Ohran Pamuk, Aslie Erdoğan ou encore Nazim Hikmet sont évoqués. A travers le regard un peu naïf d’une jeune française exilée en Turquie, à Istanbul, nous vivons son quotidien. L’écriture de Valérie Manteau est à fleur de peau, un peu comme son héroïne qui se cherche dans cette ville aux chants polyphoniques venus d’Arménie, de Syrie ou d’ailleurs.

C’est un roman qui donne les clés pour une lecture plus fluide de la situation des intellectuels turcs, qui éclaire sur la géopolitique ce cette région du monde qui nous paraît parfois inaccessible.

Pour aller plus loin :

Pinar Selek Parce qu’ils sont arméniens éditions Liana Levi

OhranPamuk Maudit soit l »espoir éditions Gallimard

Asli Erdoğan Le bâtiment de pierre édititions Actes Sud

Emra Serbes Taksim moonwalk chez Belleville éditions

Hrandt Dink Etre Arménien en Turquie éditions Emreinte

Nazim Hikmet C’est un dur métier que l’exil le Temps des Cerises éditeurs

Elif Shafak La bâtarde d’Istanbul éditions 10/18

Le Sillon/Valérie Manteau/Le Tripode/  €

 

 

LES FILLES DU DJIHAD

Les filles du djihad de Tabish Khair aux éditions du Sonneur

Les filles du djihad de Tabish Khair est aussi puissant que Les cerf-volants de Kaboul*, roman qui racontait, des années 70 à nos jours, un pays dévasté par la guerre : L’Afghanistan, à travers une histoire d’amitié. Les filles du djihad est une chronique de la montée du pouvoir de daech en Syrie et dans le monde, et raconte comment la manipulation est peut-être leur pouvoir le plus dangereux. Ameena et Jamila en sont les héroïnes, deux adolescentes musulmanes si différentes et pourtant musulmanes et issues  de l’immigrations. Ce qui m’a plu c’est d’être au plus prêt de ce que peut ressentir une jeune femme qui veut juste pratiquer sa religion sans être jugée, d’être au cœur du processus de radicalisation. L’auteur m’a menée par le bout du nez et j’ai adoré ça. Tabish Khair a l’art d’emmener son lecteur où il veut jusqu’au moment où il change de direction sans qu’on s’y attende et rende le récit bouleversant ! Ce roman à tout les critères réunis pour en faire un classique, un témoignage de son époque. À lire absolument pour mieux comprendre ce qui peut pousser ces jeunes gens à devenir des fanatiques, à aller jusqu’à devenir kamikazes. BRILLANT !

Les filles du djihad/Tabish Khair/éditions du Sonneur/ 19 €

*Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini disponible aux éditions 10/18

COMMENT T’ECRIRE ADIEU

Comment t’écrire adieu de Juliette Arnaud aux éditions Belfond, collection pointillés

Alors vous me direz que le sujet principal des chansons et des romans c’est l’Amour et qu’il a été traité des milliers de fois et je vous dirais que oui c’est vrai. Mais pourquoi (me direz vous encore) je vous parle de Comment t’écrire adieu de Juliette Arnaud ? Et bien parce qu’il s’agit là d’une rupture. Parce que chaque chapitre est vécu autour d’une chanson. Que j’adore la musique (la musique c’est la vie !). Parce que j’ai eu l’impression qu’une amie me faisait des confidences. Parce que c’est merveilleusement écrit. Que c’est un moment écrit sur le vif, avec les émotions de l’instant, sans enjoliver la réalité. Parce que c’est écrit intelligemment, Juliette Arnaud est brillante sans aucun doute. Parce que j’ai adoré lire ces parenthèses (je vous laisserais les découvrir, du pur bonheur). Un coup de cœur incontournable de cette rentrée vous l’aurez compris. Merci, Juliette, merci, bisous, merci !

Comment t’écrire adieu/Juliette Arnaud/Belfond/  17€

QUAND DIEU BOXAIT EN AMATEUR

Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley aux éditions Grasset

Un roman touchant à plusieurs titres. Non seulement c’est le roman d’une relation père fils. Ce  fils qui raconte son père avec des yeux d’enfants en admiration devant lui, son père-ce-héros. Mais c’est aussi le roman d’une classe sociale populaire dans les années cinquante à Besançon. La vie des ouvriers, des cheminots, de la vie de quartier. C’est un roman sur l’enfance et l’amitié. L’écriture simple et brillante de Guy Boley transporte dans une histoire que l’on fait sienne très simplement et facilement. Une lecture que je vous recommande teintée de touche d’humour et pleine de tendresse.

Qaund Dieu boxait en amateur/Guy Boley/éditions Belfond/  17€

LA FEMME A PART

La femme à part de Vivian Gornick aux éditions Rivages

Attention ÉNORME coup de cœur, je crois que j’ai trouvé mon livre de chevet. Vivian Gornick est une journaliste, écrivaine et féministe activiste américaine née dans les années 30. Dans son cœur bat le cœur de New York. Elle a toujours eu pour habitude de marcher dans cette mégapole. La femme à part ce sont les réflexions, les errances, des instantanés de la vie de cette femme. Au delà de tout ça c’est le livre d’une femme qui a su me toucher. J’ai eu l’impression qu’elle d’être comprise et de pouvoir m’identifier pour la première fois à un personnage. L’amour, l’amitié, la sexualité, et bien d’autres sujets abordés avec une liberté de ton, une honnêteté qui m’ont bouleversé. Je ne relis jamais les livres, et pourtant à peine terminé j’avais déjà envie de le relire. A lire absolument ! A offrir sans modération ! Messieurs ce livre est aussi pour vous !

La femme à part/Vivian Gornick/17,80€

AU GRAND LAVOIR

Au grand lavoir de Sophie Daull aux éditions Philippe Rey

Première lecture de cette rentrée littéraire et un ÉNORME coup de cœur ! Après Camille mon envolée et La suture, Sophie Daull signe là son troisième roman avec Au grand lavoir.  C’est un roman à trois voix, celle d’un jardinier à Nogent-Le-Rotrou, ex taulard pour avoir commis un viol et avoir tué sa victime ; celle d’une auteure en tournée pour faire la promotion de son roman, fille de la victime ; enfin celle d’un narrateur, une voix off pour nous narrer la fin de cette histoire. L’écriture de l’auteure est précise, ciselée, rien n’est de trop, tout est juste et à sa place, c’est au service d’une histoire qui nous tient en haleine, ou comment cet ex taulard qui après avoir purgé 18 années de peine se retrouve réinsérer dans cette ville de taille moyenne en tant que jardinier communal. Il apprend que la fille de la femme qui l’a tué va venir dédicacer dans la librairie de sa ville. A partir de là, la panique s’installe et on va passer (oui je dis on car le prodige est là, grâce à la force narratrice que dégage ce texte, nous sommes plus que dans la peau de cet homme, nous sommes dans sa tête)par toutes les étapes de stress, d’angoisse atroce avec ce personnage qui a violé et tué. Va-t-il lire le livre quel ‘auteure vient présenter dans la librairie de sa ville ? Va-t-il se rendre à la librairie le soir de la dédicace ?

Ce roman c’est aussi en filigrane la vie des villes de tailles moyennes « les sous-préfectures » comme aime à les appeler Sophie Daull, ces villes où les commerces de proximité ferment, où les gares ferment, où la population devient de plus en plus excentrée de son cœur de vie, c’est aussi un roman encré dans une réalité sociale. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce texte fort et intelligent à l’écriture fluide et au style précis. A lire donc et à offrir sans modération.

Au grand lavoir/Sophie Daull/éditions Philippe Rey.  €

TAXI CURACAO

Taxi Curaçao de Stefan Brijs aux éditions Héloïse D’Ormesson

Personnellement j’ignorais l’existence de cette île des Caraïbes. A travers l’histoire de trois générations d’hommes de la même famille, c’est l’occasion pour l’auteur de raconter l’histoire de cette île, pauvre, ancienne colonie Hollandaise, ou comment après la colonisation le peuple essaye de s’en sortir. Une voiture Américaine de luxe, un père brillant par son absence, un fils prodige qui voudrait ne pas prendre la relève et faire des études, la réalité, la violence, le tout narrer par Frère Daniel. Une lecture instructive et accaparante, des portraits d’hommes esquissés avec sincérité et une saga familiale hors des sentiers battus.

Taxi Curaçao/Stefan Brijs/Héloïse d’Ormesson/21€