L’homme qui savait la langue des serpents

L’homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk aux éditions Le Tripode, collection Météore, n°5

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas attelée à un roman de presque 500 pages. J’ai toujours peur que l’auteur me perde en route et que je ne tienne pas ma lecture jusqu’au bout. Cependant la libraire qui me l’a conseillée avait les yeux pétillants de malice quand elle m’en a parlé, alors je me suis lancée. Quelle bonne idée, quel conseil merveilleux ! Merci donc à Laurence de la librairie Lettre et merveilles de Pontoise.

Il faut tout d’abord saluer le talent avec lequel le traducteur a su rendre l’écriture de Andrus Kivirähk. Une écriture fluide avec souffle romanesque remarquable. C’est un roman qu’on ne lâche pas, chaque page est un voyage, une aventure, un rebondissement ou une surprise. Ici on découvre une salamandre géante, là un ours libidineux amateur de jolies filles, par ici des villageois endoctrinés à servir leur religion, par là des hommes qui communiquent avec des serpents, et bien d’autres choses encore. Au-delà de l’écriture c’est un univers que l’auteur nous invite à rejoindre. Je me suis régalée ! Je vous invite à laisser parler votre imagination et plonger avec Leemet, notre héros, dans les endroits les plus reculés de la forêt Estonienne. L’homme qui savait la langue des serpents a reçu le Grand prix de l’imaginaire 2014, et ce n’est pas pour rien !

L’homme qui savait la langue des serpents/Le Tripode/13,90€

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C’est aujourd’hui que je vous aime

C’est aujourd’hui que je vous aime de François Morel aux éditions du Sonneur dans la collection « ce que signifie la vie pour moi »

C’est le printemps ! François Morel le crie haut et fort : il aime ! A la fois comédien, chroniqueur et Deschiens, on ne présente plus François Morel. En lisant ce texte j’ai pris une grande bouffée d’air, une respiration qui fait du bien, un élan, un émoi ? Mais qui est donc cette Isabelle Samain que tous les hommes aiment ? François Morel nous parle d’amour, avec humour, effronterie, il bouscule nous fait rire. Une ode à la vie. Ce texte m’a transporté dans une autre époque, hors du temps, une douce musique aux oreilles. Lisez ce texte, respirez, aimez !

C’est aujourd’hui que je vous aime/éditions du Sonneur/11€

Le nez juif

Le nez juif de Sabyl Ghoussoub aux éditions de l »antilope 

Ce premier roman est vraiment une réussite et à plusieurs titres. En effet, ce roman aborde des sujets comme l’identité, mais là où il est remarquable c’est qu’il le fait sur un ton propre, avec humour. D’après moi, le ton est le point fort de ce premier roman. Léger il prend de plus en plus de corps au fil des pages. Aleph, notre héros, frivole au début, mûri en même temps que le style et le ton. Comment Aleph peut-il savoir qui il est, lui né en France de parents libanais, chrétiens, ayant fuit le Liban ? Comment son nez au centre de son visage, se retrouve au centre de ce roman ?  L’autodérision, les histoires d’amour, la famille, les rencontres qu’il va faire, les voyages… Quelle est la part autobiographique ? Seul Sabyl le sait !

Le nez juif/édtions de l’antilope/16€

Lagos Lady

Lagos Lady de Leye Adenle

Je lis peu de polar, il est donc rare de lire une chronique de roman policier sur mon blog. Mais là je me suis laissée prendre au jeu. Celui du chat et de la souris dans un Lagos, Nigéria, sombre et lumineux, pauvre et richissime, un ville de paradoxe où la modernité côtoie les traditions. J’ai beaucoup aimé l’idée que l’héroïne soir une femme dont le travaille est de sauver d’autres femmes. Accompagnée par un homme un peu largué, maladroit, complètement paumé dans sa vie personnelle et professionnelle, certes ex rugbyman…vous pensez que ça m’a influencé ? …

Je vous conseille vivement de lire ce roman au rythme soutenu, sa construction le rend addictif, ses personnages attachants ou détestables tout autant. Une enquête qui commence dans les bas fonds, lugubres et malsains,  de cette ville nigériane,  et qui nous entraîne dans les villas somptueuses ou l’argent fait la loi.

Lagos Lady/Leye Anenle/Points/7,80€

Nous sommes tous féministes

Nous sommes tous féministes de Chimamanda Ngozi Adichie

L’auteure de Americanah, nous donne à lire ici une pépite, un bijou d’intelligence, de bon sens et de bienveillance. Ecrit pour une conférence Tedx il était impératif de mettre ce texte à la portée de tous. En effet, ce petit livre à 2€ remet les pendules à l’heure sur ce qu’est et devrait être le féminisme (en tout cas d’après moi). Une lutte qui concerne tout le monde, hommes et femmes. Je vous invite vraiment à le lire, à l’offrir sans modération (pour ma part c’est un cadeau qu’on m’a fait). Ce petit opus brillant comme vous l’aurez compris, est suivi d’une nouvelle de Chimamanda Ngozi Adichie qui illustre à merveille le sujet…

La seule chose que je peux vous dire c’est LISEZ-LE !

Nous sommes tous féministes/Chimamanda Ngozi Adichie/Folio, Gallimard/2€

Sortir de l’abîme, manifeste

Sortir de l’abîme, manifeste de Seyhmus Dagtekin

Je voudrais saluer ici l’initiative des éditions du Castor Astral (qui fêtent leur quarante troisième anniversaire cette année, ce n’est pas rien ! ), en collaboration avec le Printemps des poètes, qui par la plume du grand Seyhmus Dagtekin,  nous donne à lire un manifeste sur l’importance de la poésie dans notre société actuelle.

Une poésie comme une « utopie, cet entêtement à ne pas se résigner devant l’injustice« .

Après lecture, cette phrase raisonne et nous renvoie à une actualité toujours plus violente et insoutenable. Une vingtaine de pages nécessaires pour rappeler que la poésie est une arme, un souffle de vie dont chacun de nous peut s’emparer. Pour nous dire que la poésie est une forme de résistance.

« La poésie comme une manière, un état d’être, donnée en partage pour se défaire autant de nos servitudes intérieures que de celles qui s’imposent par l’extérieur. »

Lisez ce manifeste, entrecoupé de poèmes de Seymous Dagtekin et suivi d’un entretien avec Marie-Christine Masset, extrait de la revue Phoenix n°26. Acheter ce manifeste est déjà un acte de résistance, le partager, l’offrir, le lire à voix haute est prouver qu’une « autre manière de vivre est possible.« 

Sortir de l’abîme, manifeste/Seymus Dagtekin/éditions du Castor Astral/4€

Une si longue lettre

Une si longue lettre de Mariama Bâ

Comme vous le savez je vous fait rarement un résumé de mes lectures, le but est plutôt de vous dire pourquoi j’ai aimé un livre et c’est avec ferveur que j’ai envie de partager mon dernier coup de cœur avec vous. En effet l’incontournable roman épistolaire de Mariama Bâ, Une si longue lettre est à nouveau disponible aux éditions motifs. Ce texte est une oeuvre majeure de la littérature sénégalaise. Une longue lettre que Ramatoulaye écrit à son amie Aïssatou. La condition de la femme évoquée dans ce texte écrit en 1971 en dit long sur la fragilité des acquis, sur l’incapacité de nos sociétés à retenir des leçons de l’histoire, sur le combat que chacune nous devrions mener au quotidien. Ce roman devrait être au programme au collège. Ce livre n’est pas seulement le témoin d’un état de fait, de la situation de nombreuses femmes dans le monde, c’est aussi un souffle, il inspire un élan !

Avant que les ombres s’effacent

Avant que les ombres s’effacent de Louis-Philippe Dalembert aux éditions Sabine Wespieser

Une lecture addictive d’un roman brillant !

Une écriture maîtrisée et fluide au service de l’histoire. Des personnages attachants, une véritable découverte d’un pan de l’histoire que j’ignorais. Louis-Philippe Dalembert réussi un tour de force incroyable : ne jamais tomber dans le pathos et réussir à nous faire sourire. La musique est omniprésente, elle nous entraîne et souligne le parcours du jeune Dr Schwarzberg.

Les petis garçons aussi naissent des étoiles

Les petits garçons aussi naissent des étoiles d’Emmanuel Dongala aux éditions Motifs

Emmanuel Dongala raconte l’histoire du Congo des années 60 aux années 90, à travers le regard d’un jeune garçon né dans les années 80.

 » J’ai failli ne pas être né. «  voilà commence ce roman trépident, drôle et rocambolesque. En effet deux enfants sortent du ventre de sa mère mais lui le troisième reste au chaud encore deux jours. Matapari va nous raconter avec ses yeux d’enfants et toute sa naïveté les histoires de sa famille et des personnes qui l’entourent. Il y à son père professeur du village, assoiffé de connaissance, toujours plongé dans les livres et lucide, contre le régime en place ; il y à sa maman très croyante et qui croit tout ce que dit le père Boniface, une femme bien étonnante au fur et à mesure que le roman avance ; il y a aussi ses jumeaux dont il s’amuse beaucoup ; il y a l’oncle boula Boula géant sportif et homme d’affaire à l’ambition ravageuse ; il y a Adélia qui fera connaître à Matapari ses premiers émois ; Tantine Lolo et toute une galerie de personnages tous haut en couleurs. J’allais oublier le grand-père qui un jour lui dit :

« Sache lire mon petit, sache lire et les livres et l’univers. » p.190

L’auteur nous livre une histoire méconnue (pour ma part en tout cas) du Congo, celle du Parti Unique, une période de répression, puis un soulèvement du peuple, une révolution. Il réussi à transformer cette période pourtant dure en petit bijou de drôlerie littéraire, grâce à son personnage principal qui n’aurait jamais du être né. J’ai beaucoup été émue également, l’auteur à su dosé toutes les émotions avec une justesse incroyable, qui font que ce roman de 400 pages en paraît la moitié.

 

Les petits garçons aussi naissent des étoiles / Motifs / 400 pages / 10€

 

L’Autre Face de la mer

L’Autre Face de la mer de Louis-Philippe Dalembert aux éditions Motifs

Grannie et Jonas sont les deux personnages principaux de ce roman. Deux voix, deux époques, l’histoire haïtienne vue par deux générations, le petit-fils et sa grand-mère, deux visions de la vie. Une seule et même attraction : l’Autre Face de la mer.

C’est un roman d’une force incroyable que signe là l’auteur d’ Avant que les ombres s’effacent paru en mars dernier aux éditons Sabine Wespieser . D’une force et d’une violence insoutenables, où les odeurs prennent vie, où les chairs crépitent, où l’ont sent la sueur tomber devant les yeux et brouiller le regard, où la mer est tantôt promesse d’espoir et le commencement, tantôt un fantasme, tantôt dévoreuse d’hommes, tantôt porteuse malgré elle d’un commerce d’esclaves.Le tout mené par une écriture incroyablement maîtrisée et un sens du rythme percutant.

C’est un roman en trois parties : le récit de Grannie qui va nous raconter son enfance, les heures passées à regarder les bateaux sur le quai, la mer rêvée puis la fuite avec ses parents de l’autre côté de la montagne et du fleuve Massacre, la violence et le retour obligé, les cauchemars et enfin, comme une lueur d’espoir, la venue de ce petit-fils Jonas.

« Je vous le dis, l’océan, c’est comme des barreaux qui laissent entrevoir les ailes de la liberté sans qu’on puisse un instant embrasser l’horizon.  »  p. 27

La seconde partie c’est La ville, vécue par Jonas qui rêve d’ailleurs et subit une ville d’une violence innommable, l’enfer sur terre. Une ville à feu et à sang qui perd  de façon hémorragique ses habitants qui prennent des barques de fortune pour fuir l’horreur mais qui se retrouvent trop souvent en enfer.

 » La ville grouille sous le feu du soleil. Sexe en rut. La ville monte et descend. Sue, ahane . S’embouteille du soir au matin.  » p. 115

La troisième partie c’est le livre de Jonas, intense et trouble comme l’histoire de sa ville (pays réduit à une seule ville ?). Toujours cette envie d’ailleurs mais pourquoi partir ? Pour où ? Est-il vraiment nécessaire d’avoir la réponse à ces questions ? Et c’est aussi l’amour, l’adolescence, et les remous de la ville qui cognent et frappent comme un marteau dans la tête de Jonas.

L’Autre Face de la mer/ Louis-Philippe Dalemebert/ Motifs/ 7,10€