QUAND DIEU BOXAIT EN AMATEUR

Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley aux éditions Grasset

Un roman touchant à plusieurs titres. Non seulement c’est le roman d’une relation père fils. Ce  fils qui raconte son père avec des yeux d’enfants en admiration devant lui, son père-ce-héros. Mais c’est aussi le roman d’une classe sociale populaire dans les années cinquante à Besançon. La vie des ouvriers, des cheminots, de la vie de quartier. C’est un roman sur l’enfance et l’amitié. L’écriture simple et brillante de Guy Boley transporte dans une histoire que l’on fait sienne très simplement et facilement. Une lecture que je vous recommande teintée de touche d’humour et pleine de tendresse.

Qaund Dieu boxait en amateur/Guy Boley/éditions Belfond/  17€

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LES VOYAGES DE SABLE

Les voyages de sable de Jean-Paul Delfino aux éditions Le Passage

Jaume, né en 1702 à Marseille, décide de se raconter à un bistrotier nommé Virgile de nos jours. Oui vous avez bien lu et compté, ça lui fait presque trois siècles et demi et alors ? Oui il est frappé d’immortalité, et alors ? Ça arrive à des gens bien, non ? Impossible de classer ce livre mis à part dans les coup de cœur. C’est une ode à la vie mais c’est aussi un point de vue sur l’homme et l’humanité à travers ces siècles de guerres, de commerce triangulaire, du ruée vers l’or, … C’est l’histoire de Jaume mais c’est aussi l’Histoire. A travers son personnage, sa vie nous le suivons lors de la peste de Marseille, il nous entraîne en Abyssinie sur des champs de café, quand on le croit installé en Guyane c’est pour mieux repartir en Afrique…Bref, une épopée addictive. Virgile et le quartier de la rue Saint André des Arts à Paris se raconte un peu également. Quel plaisir de lecture !

Les voyages de sable/Jean-Paul Delfino/Le Passage/  19€

LA FEMME A PART

La femme à part de Vivian Gornick aux éditions Rivages

Attention ÉNORME coup de cœur, je crois que j’ai trouvé mon livre de chevet. Vivian Gornick est une journaliste, écrivaine et féministe activiste américaine née dans les années 30. Dans son cœur bat le cœur de New York. Elle a toujours eu pour habitude de marcher dans cette mégapole. La femme à part ce sont les réflexions, les errances, des instantanés de la vie de cette femme. Au delà de tout ça c’est le livre d’une femme qui a su me toucher. J’ai eu l’impression qu’elle d’être comprise et de pouvoir m’identifier pour la première fois à un personnage. L’amour, l’amitié, la sexualité, et bien d’autres sujets abordés avec une liberté de ton, une honnêteté qui m’ont bouleversé. Je ne relis jamais les livres, et pourtant à peine terminé j’avais déjà envie de le relire. A lire absolument ! A offrir sans modération ! Messieurs ce livre est aussi pour vous !

La femme à part/Vivian Gornick/17,80€

AU GRAND LAVOIR

Au grand lavoir de Sophie Daull aux éditions Philippe Rey

Première lecture de cette rentrée littéraire et un ÉNORME coup de cœur ! Après Camille mon envolée et La suture, Sophie Daull signe là son troisième roman avec Au grand lavoir.  C’est un roman à trois voix, celle d’un jardinier à Nogent-Le-Rotrou, ex taulard pour avoir commis un viol et avoir tué sa victime ; celle d’une auteure en tournée pour faire la promotion de son roman, fille de la victime ; enfin celle d’un narrateur, une voix off pour nous narrer la fin de cette histoire. L’écriture de l’auteure est précise, ciselée, rien n’est de trop, tout est juste et à sa place, c’est au service d’une histoire qui nous tient en haleine, ou comment cet ex taulard qui après avoir purgé 18 années de peine se retrouve réinsérer dans cette ville de taille moyenne en tant que jardinier communal. Il apprend que la fille de la femme qui l’a tué va venir dédicacer dans la librairie de sa ville. A partir de là, la panique s’installe et on va passer (oui je dis on car le prodige est là, grâce à la force narratrice que dégage ce texte, nous sommes plus que dans la peau de cet homme, nous sommes dans sa tête)par toutes les étapes de stress, d’angoisse atroce avec ce personnage qui a violé et tué. Va-t-il lire le livre quel ‘auteure vient présenter dans la librairie de sa ville ? Va-t-il se rendre à la librairie le soir de la dédicace ?

Ce roman c’est aussi en filigrane la vie des villes de tailles moyennes « les sous-préfectures » comme aime à les appeler Sophie Daull, ces villes où les commerces de proximité ferment, où les gares ferment, où la population devient de plus en plus excentrée de son cœur de vie, c’est aussi un roman encré dans une réalité sociale. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce texte fort et intelligent à l’écriture fluide et au style précis. A lire donc et à offrir sans modération.

Au grand lavoir/Sophie Daull/éditions Philippe Rey.  €

TAXI CURACAO

Taxi Curaçao de Stefan Brijs aux éditions Héloïse D’Ormesson

Personnellement j’ignorais l’existence de cette île des Caraïbes. A travers l’histoire de trois générations d’hommes de la même famille, c’est l’occasion pour l’auteur de raconter l’histoire de cette île, pauvre, ancienne colonie Hollandaise, ou comment après la colonisation le peuple essaye de s’en sortir. Une voiture Américaine de luxe, un père brillant par son absence, un fils prodige qui voudrait ne pas prendre la relève et faire des études, la réalité, la violence, le tout narrer par Frère Daniel. Une lecture instructive et accaparante, des portraits d’hommes esquissés avec sincérité et une saga familiale hors des sentiers battus.

Taxi Curaçao/Stefan Brijs/Héloïse d’Ormesson/21€

LE POIDS DE LA NEIGE

Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin aux éditions de l’Observatoire

Un huis clos assourdissant. Une lecture captivante qui plonge le lecteur au cœur de l’hiver le plus dur et le plus long qu’on puisse imaginer. Matthias et le narrateur se retrouvent prisonniers de cet hiver impitoyable, alors qu’une coupure d’électricité touche le pays. Le narrateur a subit un accident et à les jambes immobiles et blessées. Matthias un homme de passage au village doit s’occuper de lui. Comment ces deux hommes vont réussir à cohabiter, à se soigner, à se nourrir alors que l’hiver les retient ? Impossible de lâcher ce roman. Il y a de La route de Mc Carthy dans Le poids de la neige. Ce roman nous met face à nos peurs, nos doutes, et pose la question de savoir comment réagirions nous si un jour nous étions confrontés à une situation extrême. Comment vivre en communauté ? L’instinct de l’homme est-il bon ? Quelles seraient nos priorités ? L’hiver et le poids de la neige pèsent « comme un couvercle sur ses esprits gémissants en proie » à bien des questionnements. Magistral !

Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le poids de la neige, grand succès au Québec, a été distongué par plusieurs prix prestigieux.

Le poids de la neige/Christian Guay-Poliquin/éditions de l’Observatoire/19€

Un monde en fragments

Un monde en fragments de Pierre Barré aux éditions de L’atteinte

Attention talents ! Les éditions de L’atteinte ont vu le jour en 2017, Un monde en fragments de Pierre Barré est leur première parution. 57 pages de prose hypnotique.  » Un homme , confronté à un mouvement de violence qui deviendra historique, abandonne le verbe. Tourmenté par une violence incertaine, il tente de recomposer sa vie, mais l’espace qui l’entoure ne cesse de fuir son regard…Taillé dans une langue sensorielle et habitée ce texte nous rappelle que la littérature ne se reçoit pas, mais se conquiert.  » Ce sont les mots que vous pouvez lire sur le rabat, comme une invitation à la lecture. En tout cas, ça m’a donné envie de l’ouvrir et de le lire, de le relire. Un homme dans un environnement qui lui échappe, entouré de fantômes, d’oiseaux et d’autres créatures qui le hantent, l’agressent et se dérobent. Il décide donc de s’enfermer dans le silence, malgré les injonctions des personnes en blouses et escarpins… Une lecture exigeante qu’on oublie pas.

Un monde en fragments/Pierre Barré/éditions de L’atteinte/ 11€

Une drôle de femme

Une drôle de femme de Leylâ Erbil  chez Belleville éditions

À lire et à offrir sans modération !

Connaissez-vous Leylâ Erbil ? Moi non, et pourtant c’est une auteure incontournable quand on parle de littérature turque. Merci aux éditions Belleville de nous donner à lire en français pour la première fois ce texte écrit en 1971 et d’en avoir pensé les moindres détails pour en faire plus qu’un livre (cadeaux et autres bonus à la fin du roman). Unique romancière à avoir été nommée pour le prix Nobel en Turquie, féministe et socialiste dont la traduction est aujourd’hui recommandée par l’UNESCO et défendue par Aslı Erdoğan :  » J’envie le lecteur qui va découvrir l’une des virtuose de la littérature turque. Leylâ Erbil est une plume hors pair, qui ne connaît ni la facilité, ni le superflu, ni la complaisance. « 

C’est l’histoire de Nermin, jeune étudiante dans les années 50 en Turquie, passionnée de poésie et de littérature ; c’est aussi l’histoire de son père, pêcheur ancien soldat ; c’est aussi l’histoire de la mère de Nermin, la mort de son seul fils, son chagrin et le rapport quelle entretien avec sa seule fille ; c’est aussi l’histoire de la Turquie , ses combats, ses guerres. Chacun prend la parole de manière à nous raconter son point de vue et dans la dernière partie une narratrice prend le relais. L’écriture de Leylâ Erbil est précise et s’adapte suivant les personnages. Ça fait tellement du bien de lire un livre où le lecteur est acteur. Je me suis sentie complètement impliquée dans leurs démarches, leurs épreuves ou leurs émotions. C’est donc une lecture nécessaire et à plus d’un titre. Un roman qui montre comment faire valoir ses opinions dans un pays où la femme ne peut être considérée comme une intellectuelle à part entière, comme une femme éprouvant ses propres désirs, comme une femme simplement, pas une mère, … Leylâ Erbil fait de Nermin une héroïne complexe, balancée entre son combat de femme et de combattante pour son peuple avec ses idéaux communistes. Incontournable !

Il y aurait tant à dire sur ce texte…Le mieux est de vous laisser le découvrir.

 

Une drôle de femme/Leylâ Erbil/Belleville éditions/20€

L’homme qui savait la langue des serpents

L’homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk aux éditions Le Tripode, collection Météore, n°5

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas attelée à un roman de presque 500 pages. J’ai toujours peur que l’auteur me perde en route et que je ne tienne pas ma lecture jusqu’au bout. Cependant la libraire qui me l’a conseillée avait les yeux pétillants de malice quand elle m’en a parlé, alors je me suis lancée. Quelle bonne idée, quel conseil merveilleux ! Merci donc à Laurence de la librairie Lettre et merveilles de Pontoise.

Il faut tout d’abord saluer le talent avec lequel le traducteur a su rendre l’écriture de Andrus Kivirähk. Une écriture fluide avec souffle romanesque remarquable. C’est un roman qu’on ne lâche pas, chaque page est un voyage, une aventure, un rebondissement ou une surprise. Ici on découvre une salamandre géante, là un ours libidineux amateur de jolies filles, par ici des villageois endoctrinés à servir leur religion, par là des hommes qui communiquent avec des serpents, et bien d’autres choses encore. Au-delà de l’écriture c’est un univers que l’auteur nous invite à rejoindre. Je me suis régalée ! Je vous invite à laisser parler votre imagination et plonger avec Leemet, notre héros, dans les endroits les plus reculés de la forêt Estonienne. L’homme qui savait la langue des serpents a reçu le Grand prix de l’imaginaire 2014, et ce n’est pas pour rien !

L’homme qui savait la langue des serpents/Le Tripode/13,90€

C’est aujourd’hui que je vous aime

C’est aujourd’hui que je vous aime de François Morel aux éditions du Sonneur dans la collection « ce que signifie la vie pour moi »

C’est le printemps ! François Morel le crie haut et fort : il aime ! A la fois comédien, chroniqueur et Deschiens, on ne présente plus François Morel. En lisant ce texte j’ai pris une grande bouffée d’air, une respiration qui fait du bien, un élan, un émoi ? Mais qui est donc cette Isabelle Samain que tous les hommes aiment ? François Morel nous parle d’amour, avec humour, effronterie, il bouscule nous fait rire. Une ode à la vie. Ce texte m’a transporté dans une autre époque, hors du temps, une douce musique aux oreilles. Lisez ce texte, respirez, aimez !

C’est aujourd’hui que je vous aime/éditions du Sonneur/11€